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Y EN A Marre aux législatives : les dangers d’un retournement de veste

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Y en a marre se politise. Non pas que le mouvement n’avait pas d’activités politiques, c’est l’essence même de son existence, mais il ne s’est jamais assigné comme mission la conquête du pouvoir. Eh bien, c’est chose faite. Ils ont fait état, hier, de leur intention de participer aux législatives avec le mouvement dénommé ifanan.

Certes tout citoyen ou groupe de citoyens qui en remplit les conditions peu figurer sur les listes en vue de se faire élire dans la prochaine assemblée nationale. Là-dessus, il n’y a pas de souci à se faire.

Là où le bât blesse, c’est quand un mouvement dit citoyen retourne sa veste pour investir la « société politique » alors qu’il était dans la société civile.

Rappelons avec Antonio Gamsci, l’inventeur du concept de Société civile, que celle-ci n’a pas vocation de conquérir le pouvoir. Il s’agit de groupes de pression souvent qualifiés de « conservateurs » par un certain nombre d’intellectuels. Du coup, ces mouvements sont loin d’aspirer à conquérir le pouvoir ou une parcelle de ce dernier.

Ainsi, Y’en a marre était dans son rôle de « faire pression », d’abord sur le régime de Wade, ensuite sur celui de Macky Sall. Il a forgé le respect, celui du monde entier. La bande à Fadel Barro a aidé à se débarrasser du régime d’Abdoulaye Wade. Il vient de faire trembler celui de Macky Sall par une manifestation réussie ce vendredi 07 avril.

Le mouvement est craint, c’est le moins que l’on puisse dire. Et il tient son statut du fait notamment qu’il est resté dans son rôle de lanceur d’alerte et d’éveilleur de conscience. Aujourd’hui, créer un autre mouvement politique sur ses flancs me semble être maladroit. Passer de la société civile à la « société politique » ne se fait jamais sans un certain nombre de reniements, de compromis ou même de compromissions.

Par exemple, comment comprendre alors que des Ong assez respectables dont nous tairons les noms, continuent alors à financer le mouvement ?

Pis, dans l’alliance annoncée, figurent des personnalités qui n’ont rien à voir avec Y’en a marre. Comment alors faire survivre Y’en a marre aux côtés de Ifanan ?

Cette question est d’autant plus pertinente que les citoyens risquent d’avoir une autre perception de ce mouvement et de ses concepteurs. L’autre aspect qui me semble important est que le calcul qui est à la base de la démarche, peut être faussé ou tout au moins risqué. Le fait de penser travailler à renverser la majorité parlementaire au profit de l’opposition, de nature à imposer une cohabitation à Macky, reste hypothétique et dépend de plusieurs facteurs.

Par exemple, le facteur temps est important dans ce cas de figure. Et il ne nous semble pas que le mouvement ait assez de temps pour un tel travail.

Il s’y ajoute que l’Opposition peut se mettre à ses côtés le temps d’une manifestation, mais la complicité s’arrête là. Il ne faut pas que Y’en a marre, dopé par la réussite de sa manifestation, estime qu’il incarne la force alternative de changement capable, à tout moment, de galvaniser les foules.

A cela s’ajoute le fait que si vous développez des réflexes d’homme politique, vous serez considéré comme tel par les citoyens. Or, le terrain politique, ce sont les promesses non tenues, les ruses pour gagner, l’achat de conscience, etc. Et notre préoccupation est de savoir si y’en a marre est prêt à se démarquer de ses pratiques et à convaincre ceux qui font de la politique alimentaire, y compris au sein des populations, d’agir autrement. La tâche est énorme.

Pis, si jamais la majorité parlementaire n’est pas renversée, le fait pour le moment d’acquérir un ou quelques députés, ne changera rien au fonctionnement de l’Assemblée nationale où la majorité mécanique dicte sa loi. Comme quoi, il est bon d’avoir des ambitions, mais il est encore mieux de rester dans son rôle étant entendu qu’en démocratie, chacun peut jouer sa partition dans l’intérêt bien compris de la majorité des Sénégalais.

 

Assane Samb

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