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«  Nul besoin de se bousculer pour observer la lune dans un ciel complètement dégagé. » Proverbe sénégalais

Ces dernières semaines, l’actualité nationale nous renvoie dans les épisodes sombres de nos divergences religieuses, culturelles et politiques. Des débats nauséabonds dans une société qui a plus que jamais besoin de se retrouver autour des mêmes valeurs d’antan. Ce bon vivre ensemble corollaire d’une tradition de cousinage sur fond de taquinerie, mais assise sur des fondements solidifiés par des vertus cardinales. Ceux qui s’entretuaient sur l’ère de << Niani bagn na >> se sont transformés en cousins. Ce qui pouvait déclencher des guerres, peut aujourd’hui soulever l’hilarité sur fond de cousinage ethnique. L’un de nos meilleurs atouts pour garantir notre bon vivre ensemble. Un levier stabilisateur dans un monde en perdition, où la cupidité, l’ignorance et l’intolérance engendrent au jour le jour haine et violence. Il est donc permis avec le minimum de prétention, de se réjouir de cet héritage culturel, traditionnel et religieux. Car nos aïeuls savaient régler leurs différends tout en préservant honneur et dignité. Certaines familles sont composées de catholiques, musulmans, animistes…sans qu’il y ait jamais eu de batailles fratricides pour la gloriole. Chacun se fixant des limites, respectant les croyances de l’autre. Au service de l’harmonie, la raison mise en exergue; afin de promouvoir l’humilité pour prendre le recul nécessaire et de la hauteur quand il le faut, évitant au passage les bassesses de l’acrimonie. Savoir réfléchir avant d’agir !

Nous subissons un débat assez lourd, donc inutile et inculte sur le supposé grade de nos vénérés guides religieux. Des illustres hommes qui ont passé leur vie à apprendre et à enseigner, de par leur parcours et leur quotidien jusqu’au dernier souffle. Alors quand on se revendique de leur famille, de par les liens du sang ou de l’affection, on a la responsabilité morale de suivre leur enseignement : parler et œuvrer utile, être au service du savoir et de la foi, se battre pour les nobles causes… Être utile à sa société et à toute l’humanité, dans l’humilité et la ferveur, porteur de voix des sans voix, l’image même de la crainte révérencielle. Loin de l’opulence, de l’impertinence achevée, de l’appât du gain facile, du mépris et des vices du peuple. Il est impératif de savoir que nos parents, grand-parents et aïeuls nous ont légués une richesse inestimable: des vertus cardinales. Sauf que l’honneur, la dignité, l’humilité, le savoir, le courage, ne s’héritent pas; ces qualités humaines s’acquièrent à travers un parcours, son propre parcours. Alors, perpétuer leurs œuvres, c’est essayer dans un premier temps de faire 1% de ce qu’ils ont construit dans la douleur, au nom de sacrifices inimaginables. Eux avaient tourné le dos aux plaisirs terrestres, pour la face de Dieu; la conscience du poid et de la valeur de l’héritage dû à leur descendance.

Cette année encore, nous n’avons pas dérogé à la règle des deux à trois lunes pour une seule communauté dan un même ciel. Un mal profond, une gangrène ignominieuse qui devrait être prise au sérieux depuis le temps et définitivement éradiquée. Il y a beaucoup de choses que nous aurions pu faire ensemble, en tant que voisins et partager la même lune serait déjà un début. Le Sénégal et la Gambie sont un seul et même pays, avec les deux Guinée, le Mali, la Mauritanie… C’est le même espace territorial, la même région, la même identité territoriale, la même lune, les mêmes horaires, les mêmes populations. Le découpage colonial ne devrait certainement pas être un argument susceptible de provoquer des divergences à ce niveau. Pourquoi pas une commission regroupant des personnalités qui partagent la même foi, loin du cynisme ambiant, et surtout œuvrant pour la même cause, au nom du panafricanisme religieux entre autres ?! Est-il si difficile de travailler ensemble pour une bonne cause ? La commission lunaire est confrontée à des difficultés que tout esprit critique ou pas, ne pourrait s’empêcher de voir. Elle est née dans cette confusion ou cacophonie quasi volontaire, donc ingérable; entre ceux qui veulent suivre l’Arabie Saoudite malgré le décalage horaire, les autres qui pensent que le territoire national se limite à leur maison confrérique, et ceux qui s’accordent avec les voisins. Les textes sont là et très clairs, sauf qu’il n’y aura point d’union sans une volonté manifeste et désintéressée, de se retrouver au même endroit.

Pour conclure, l’un des médias français nous a rappelé le conflit casamançais. Un drame familial et ses conséquences néfastes sur notre quotidien, notre bon vivre ensemble, nos lendemains… Des africains, sénégalais de surcroît, appellent encore à la division dans la faiblesse. Aucune motivation ne pourrait justifier ce genre de combats, qui ne fait que nous affaiblir davantage face à l’ogre impérialiste et oligarchique. Notre diversité sera valorisée, comme nos divergences seront solutionnées lorsqu’elles seront gérées avec nos propres réalités. Notre histoire c’est notre passé qui a engendré notre identité actuelle. Il est juste aberrant pour un africain qui se dit fier et consciencieux, d’appeler à la division en se référant sur des archives coloniaux. Un découpage colonial pour justifier une ineptie du genre, est un argumentaire fallacieux susceptible de déstabiliser une famille qui n’en a absolument pas besoin. Mais derrière chaque acte conflictuel posé, il y a un vecteur d’intérêt particulier sous la coupole de l’orgueil, de la lâcheté et de l’indélicatesse, sources de fierté mal placée. Une situation potentiellement catastrophique pour de nouvelles victimes collatérales, a fortiori quand on fait appelle à l’ethnocentrisme ou au clanisme religieux.

Un Peuple, Un But, Une Foi !

Bocar GUEYE