Les plaidoiries commencent, et avec elles retentissent les dernières salves de la bataille de procédures : Mamadou Pouye a obtenu hier la liberté provisoire, avant que le parquet spécial se pourvoit en cassation; la défense a elle été déboutée de sa requête de récusation du président de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI).

Le premier jour des plaidoiries, dans le procès Karim Wade, s’est ouvert sur le compte rendu des délibérés de requêtes introduites par les différentes parties prenantes. Ainsi, Mamadou Pouye a longtemps cru que cette phase décisive s’annonçait sous de bons auspices. Puisque, le codétenu de Karim Wade a obtenu la liberté provisoire.

En effet, la Cour est parvenue à la conclusion qu’il “n’existe plus de risque de subornation de témoins, ni risque de troubles à l’ordre public”. Jeudi dernier, alors que le président de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI) lui demandait d’avancer les motifs de cette énième demande de liberté provisoire, il avait commencé par s’expliquer pour suspendre sa démonstration après quelques instants : “Je renonce à donner des explications”, avait-il déclaré.

Mamadou Pouye aurait pu comparaître désormais libre, à l’instar de tous les autres prévenus dans cette affaire, excepté Karim Wade, mais le Parquet spécial de la Crei s’est pourvu en cassation. La nouvelle est tombée hier dans la soirée. Ce recours suspend la mise en liberté provisoire, alors que le président Henri Grégoire Diop avait plus tôt notifié à Mamadou Pouye une interdiction de sortie du territoire sans autorisation, avec interdiction de tout acte de gestion des sociétés placées sous administration provisoire, dans le cadre du dossier.

La défense déboutée, Diassé s’inscrit en faux contre ses avocats

La défense a ensuite essuyé un revers concernant la demande en récusation. Une seconde déconvenue dans le bras de fer qui l’oppose au juge Henri Grégoire Diop. Après celle de septembre 2014, la deuxième requête aux fins de récusation du juge Diop, introduite par le collectif des avocats de la défense, a été rejetée par le premier président de la Cour suprême, Pape Omar Sakho. L’ordonnance émise par ce dernier ne s’arrête pas là, puisque les requérants Ibrahim Aboukhalil, Karim Wade, Mamadou Pouye et Alioune Samba Diassé devront s’acquitter “d’une amende de 25 000 Fcfa”, a fait savoir Henri Grégoire Diop.

Cette condamnation a plus que surpris Alioune Samba Diassé. Dès le prononcé de l’arrêt, il s’est présenté à la barre pour exprimer toute sa désapprobation à la lecture du délibéré. Selon lui, il n’a jamais donné mandat à ses avocats de signer une telle requête : “Je viens d’être au courant”, a-t-il déclaré. “Ce sont vos avocats qui ont signé en votre nom”, lui a rétorqué le magistrat. “Mais moi, je n’ai signé aucun document”, a-til tenté d’expliquer au président qui lui a fait savoir que la Cour prenait acte.

Mbaye Ndiaye également “désavoue” ses avocats

Alioune Samba Diassé n’a pas été le seul à désapprouver la démarche de ses conseils. L’ancien directeur de l’Agence des aéroports du Sénégal (ADS), Mbaye Ndiaye, lui, semble ne pas apprécier le boycott observé par ses conseils qui veulent se solidariser avec ceux de Karim Wade. Depuis le 14 janvier, tous les avocats de la défense ont boycotté l’audience, à cause de l’expulsion de Me El Hadj Amadou Sall, le même jour. Le prévenu a adressé une correspondance à ses avocats pour leur demander de venir l’assister. “Je souhaite me faire représenter par mes avocats pour assurer ma défense”, a écrit Mbaye Ndiaye dans une lettre lue par Henri Grégoire Diop.

La demande du prévenu a été entendue, puisque Mes Borso Pouye et Michel Bessel Basse ont assisté leur client à l’audience d’hier. La stratégie de la chaise vide de la défense n’a pas payé, en ce qui concerne l’ancien directeur général des ADS. “Ils ont répondu aux cris de détresse de leur client”, a déclaré Henri Grégoire Diop, faisant allusion à la présence des deux conseils.

Le président Henri Grégoire Diop a profité de l’occasion pour se dédouaner et mettre les points sur les i concernant le boycott de la défense. Le juge a expliqué que l’incident a été clos, puisqu’une médiation a été initiée par le bâtonnier et certains membres du conseil de l’Ordre des avocats. “Lors de cette médiation, une seule question a été posée à la Cour, à savoir si l’avocat pouvait revenir à la salle. “On leur a dit qu’il a été expulsé de l’audience et non de la salle”, a fait savoir Henri Grégoire Diop. Concernant l’incident avec Karim Wade, il a soutenu que c’est le prévenu qui a refusé de comparaître. “Lorsqu’un prévenu refuse de comparaître, son avocat n’a plus droit à la parole”, a tranché le président, tout en soulignant que les avocats sont libres de se présenter, car l’incident est déjà clos.