Marché de l’Université Amadou Makhtar Mbow : le scandale financier défloré dans une lettre sur la table de Seynabou Ndiaye Diakhaté


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Au nom de la transparence, de l’équité, de l’optimisation de l’utilisation des deniers publics et de l’éthique, une lettre anonyme a été adressée à la présidente de l’OFNAC, Seynabou Ndiaye Diakhaté pour mener les enquêtes nécessaires sur la présomption d’une corruption et d’un scandale financier qui se déroulent au ministère de l’Economie, des Finances et du Plan, au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche sous le couvert du directeur de l’ARMP, de la Primature et de la Présidence pour l’université de Dakar Amadou Makhtar Mbow.

Dans une lettre datée du 10 mars 2017 dont nos confrères de Dakarmatin détiennent une copie, le dénonciateur anonyme rappelle à la patronne de l’OFNAC que le rapport ARMP du cabinet BSC (Business System Consulting) de la gestion 2015 a relevé de nombreuses irrégularités de non-conformité aux dispositions du code des marchés, de scandale financier dans l’attribution et l’exécution du marché Université de Dakar Amadou Makhtar Mbow. En effet, le plaignant se désole du fait que le rapport n’a pas été publié par l’ARMP “pour dissimuler ce scandale”. Il mentionne que “malgré les nombreuses irrégularités, le faux et usage de faux notoire, le Ministre des Finances a mis tout son poids pour soutenir ce marché comme en atteste leur courrier N°00315 MEFP/ DGF du 31 mars 2015”. Et pour donner le déroulement des différentes étapes marquantes de la situation, l’auteur de la missive ^porte à la connaissance de la successeuse de Nafi Ngom Keïta que la marché a été attribué le 20 novembre 2014 ( soit 7 jours seulement après l’ouverture des plis) au groupement YILDIRIM HOLDING A.S (société turque), ETI-BETON, Touba Matériaux SARL pour un montant de 59 882 135 201 FCFA TTC suivant les conditions suivantes: taux d’intérêt maximum de 3%, délai de grâce minimum de 12 mois, durée minimale de remboursement de 4 ans.

Si la lettre adressée à Seynabou Diakhaté décrie un scandale, c’est parce que, mentionne-t-elle, beaucoup d’entre “les autres sociétés soi-disant invitées pour soumissionner dans la procédure d’appel d’offre restreint n’ont jamais reçu l’invitation”. Ce qui explique le fait que le jour de l’ouverture des plis le 13 novembre 2014, seul le groupement YILDIRIM HOLDING A.S (société turque), ETI-BETON, Touba Matériaux SARL a répondu. Pire encore, lit-on dans la missive, “la tête de file YILDIRIM HOLDING A.S n’a jamais soumissionné à cet appel d’offre” et “tous les documents présentés à son nom sont faux et falsifiés”. En plus de cela, ajoute-on, “ce groupement n’a jamais présenté de documents prouvant qu’il a obtenu le financement pour gagner ce marché, comme demandé dans le dossier d’appel d’offre et rappelé dans les courriers de la DCMP.

La lettre sur la table de la patronne de l’OFNAC mentionne aussi que ces documents faux et falsifiés sont connus du Ministère de l’Enseignement supérieur et du Ministère de l’Economie des Finances et du Plan, de la Présidence à travers son conseiller architecte et la Primature. C’est ce qui explique, à en croire la missive, les nombreux courriers échangés entre les deux ministères et la DCMP pour changer la tête de file YILDIRIM HOLDING A.S au profit de ETI-BETON. Ce qu’elle qualifie comme étant contraire aux dossiers d’appel car le groupement a été évalué capable techniquement et financièrement sur les bases des capacités du chef de file. Et par conséquent, en changeant le chef de file, le groupement n’est plus qualifié pour être attributaire du marché.

Pour ce qui est des courriers échangés entre la DCMP et le Ministère de l’Enseignement supérieur, ils sont bien listés dans la lettre, mais ne portent essentiellement que sur la transmission des documents, le changement de tête de file et l’immatriculation du marché sans la convention de financement. Toujours dans le lot des irrégularités sur le respect du code des marchés publics et contre le droit commun, la lettre adressée à Mme Diakhaté relate les raisons de non-conformité qui justifient les scandales financiers et de corruption entachés dans ce marché.

“La société ETI-BETON, comme nouveau chef de file doit exécuter le contrat technique signé entre le ministère de l’Enseignement supérieur et le groupement qui est attributaire du marché. Dans la nouvelle configuration du groupement (après la confirmation de la non présence de YILDIRIM HOLDING A.S dans le groupement), on retrouve mystérieusement une société de Adama Bictogo (ce dernier a déjà reçu 12 milliards d’indemnisation que beaucoup de Sénégalais considèrent comme scandaleux). La société de Adama Bictogo devrait amener une société qui présente les mêmes capacités techniques et financières que le premier chef de file à savoir YILDIRIM HOLDING A.S”, lit-on également dans la lettre dans laquelle il est précisé qu’après une dénonciation anonyme en date du 5 Août adressée au Directeur général de ARMP, “le ministère des Finances qui a obtenu une copie de notre dénonciation a changé les profils des entreprises. Il a amené avec son secrétaire général, le groupement MONOFASICA/ Touba MATERIAUX/ MARYLIS pour signer la convention de financement avec un taux de financement de 6% pour un taux maximum fixé dans les termes de référence de 3%”.

L’auteur de la lettre indique que ce nouveau groupement, qui n’a pas participé à l’appel d’offre, n’a pas signé le contrat technique, mais reçoit illégalement un chèque signé par le DMCEES, pour une avance de démarrage de 4 milliards FCFA dont il n’a pas droit car la convention de financement (pas de couverture budgétaire) n’était pas signée.

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