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Macky Sall en France : une visite, un coût et des retombées

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Derrière le décorum et le faste des visites d’État, les pays font des affaires. Le séjour qu’effectue Macky Sall en France ne fait pas exception.

Une visite d’État, économiquement, cela coûte et cela rapporte aux gouvernements concernés. Chaque fois que deux chefs d’État sacrifient à la tradition, les poches de leurs contribuables respectifs sont mises à rude épreuve. Mais dans la foulée, la promesse d’un retour sur investissement leur est faite, avec la signature de nombreux contrats et accords.

Il est évident que les deux pays ne touchent pas les mêmes dividendes dans le cadre d’une relation bilatérale. Cependant, chacun devra y trouver son compte ; un bon deal commandant aux parties davantage l’équité que l’égalité.

La France jubile. En contrepartie de son élan d’amitié et de ses égards à l’endroit du Sénégal, elle a obtenu que Total participe à l’exploration de l’offshore profond sénégalais. Que l’usine d’Alstom de Reichshoffen et d’autres sites du géant européen des transports, retrouvent de l’activité. Et que s’étoffe le carnet de commandes de compagnies aériennes, d’hôtels, d’entreprises de location de voitures, de restaurants, de lieux de distraction et de petits commerces.

Il ne fait ainsi aucun doute, la visite de Macky Sall a rapporté gros à la France. De quoi compenser largement les désagréments qu’elle a causés aux Parisiens. Lesquels, depuis quatre jours, sont plus confrontés aux embouteillages et exposés à la pollution à cause des nombreuses sorties, avec escorte motorisée, inscrites au programme du Président sénégalais et sa suite.

Pour sa part, le contribuable sénégalais a cassé sa tirelire pour honorer l’invitation de François Hollande. Le chef de l’État ne s’est pas déplacé en petit nombre. Et il n’a pas fait dans la dentelle. Il loge à l’hôtel Le Birstol. Un palace parisien où la nuitée coûte, selon un site de réservation, entre plus de 500 000 francs CFA, pour la chambre double Supérieur (au bas de l’échelle), et 1,6 million de francs CFA pour la suite Supérieur (le must).

On est bien loin des 13 millions de francs CFA la nuitée que supportait le Burkina Faso (selon une source parisienne) pour les séjours parisiens de Blaise Compaoré, du temps de sa splendeur. Mais, il faut reconnaître que le contribuable sénégalais a casqué fort pour la première visite d’État en France d’un Président du Sénégal depuis 24 ans. D’autant que Macky Sall a installé ses quartiers à l’hôtel du 112 Rue du Faubourg Saint-Honoré avec certains de ses proches, ministres et conseillers. Tout le monde logé, nourri, blanchi.

Par ailleurs, l’État a financé le voyage d’une bonne partie de la presse sénégalaise (SeneWeb compris), de directeurs généraux, d’élus et de hauts fonctionnaires : hôtel, transport intérieur, perdiems, etc.

« Retour sur investissement »

Les caisses du Trésor public ont donc été fortement sollicitées. Mais, il devrait y avoir un retour sur investissement. À court, moyen et long termes. Malgré son caractère symbolique, son faste et sa touche politicienne, la visite d’État de Macky Sall en France revêt un intérêt économique certain pour le Sénégal. Près d’une dizaine d’accords ont été signés. Ils concernent les domaines du transport, de l’enseignement supérieur, de la culture, de l’eau et de l’environnement.

Le Trésor public français a directement contribué au financement du TER Dakar-Diamniadio pour un montant de 95 millions d’euros (plus de 60 milliards de francs CFA). « C’est une option extrêmement rare, selon l’ambassadeur du Sénégal à Paris, Bassirou Sène. La France passe souvent par des entités autonomes pour financer ses partenaires. »

Pour le même projet, l’Agence française de développement (Afd)- justement- a accordé au gouvernement sénégalais un prêt de 100 millions d’euros (65 milliards de francs CFA). La SNCF et la RATP interviendront pour le développement, l’exploitation et la maintenance, dans le cadre du TER, ainsi que pour la création d’un centre de formation dédié à la mobilité urbaine.

Plaçant l’eau au centre de ses préoccupations, François Hollande a annoncé un projet qui permettra à près d’un million de Dakarois de s’alimenter en liquide précieux. En matière d’environnement, les gouvernements français et sénégalais ont signé une déclaration d’intention pour renforcer la coopération en matière de protection de l’Océan et du Littoral. Dans le domaine de l’énergie, ils se sont engagés à renforcer la coopération en matière d’efficacité énergétique et de transition bas carbone de l’immobilier.

En outre, Total a conclu avec le Sénégal un protocole de coopération pour l’offshore profond. La France, à travers le BPI, a émis une lettre d’intérêt de financement pour l’acquisition d’un super Calculateur pour le Centre national de calcul sénégalais, sis à la Cité du savoir de Diamniadio.

Ces accords sont a priori une bonne nouvelle pour les Sénégalais. Mais à y voir de près, ils posent la question du poids de la dette qui sera léguée aux générations futures. Sur ce point, Macky Sall s’est voulu rassurant. Lors de la conférence de presse qu’il a animée avec Hollande, mardi à l’Élysée, il a fait remarquer que ces financements sont indispensables pour le développement du Sénégal et juré que les conditions appliquées sont « douces ». Vrai ou faux ? L’avenir jugera, mais pour l’heure il ne boude pas son plaisir.

Avec Ibrahima Fall, Seneweb

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