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Les transhumants de la société civile : Abdou Aziz Diop, Abdou Latif Coulibaly, Penda Mbow

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Au Sénégal, il est dit que la société civile a perdu beaucoup de ses «bras» et pourrait même perdre ses «jambes» si tous ses acteurs poursuivent absolument leur quête effrénée de privilèges. Dans le pouvoir où à sa périphérie, pour les moins ambitieux.

Depuis 2012, ils sont nombreux à avoir fait leur mutation après avoir été à la pointe du «combat» contre Abdoulaye Wade et son régime. A Macky Sall, ils ont fait allégeance, mettant baluchons et capacités de nuisance au service d’un pouvoir qui n’est pas moralement supérieur au précédent, loin de là !

Heureusement, il y en a d’autres qui, pour des raisons de cohérence dans l’engagement, sont restés fidèles à leur trajectoire, conservant leur autonomie intellectuelle et leur indépendance d’action. Revue.

Jacques Habib Sy : La transparence un temps sous les…cadenas 
Alors directeur de Aid Transparence, Jacques Habib Sy a été l’un des frondeurs remarquables de la société civile qui aura causé le plus de dégâts au régime libéral. Toujours en première ligne pour dénoncer, avertir et alerter sur nombre de questions nébuleuses, d’intérêt national.

Professeur en sciences de l’information et de la communication, il a publié plusieurs ouvrages sur la gouvernance démocratique et leur impact sociopolitique et culturel.

Seulement à l’arrivée au pouvoir du Président Macky Sall, il n’a pas longtemps hésité à franchir le pas à partir duquel il allait exercer des fonctions d’Etat. Des reproches lui tombèrent sur la tête. Il est vite mis dans le sac des transhumants.

Il devint Délégué général à la Francophonie. L’affaire liée à l’acquisition auprès de l’homme d’affaires franco-marocain Richard Attias  d’un logiciel d’accréditation pour ledit sommet, d’un coût de plus de 200 millions francs CFA, fit grincer des dents.

D’autant plus fort que Jacques Habib Sy, au terme du raout francophone, prit ses distances avec le régime et retrouva un moment la verve et l’éloquence qui en avaient fait un redoutable opposant «civil» à Abdoulaye Wade.

Ses sorties sur l’implication du clan des Faye-Sall dans les affaires de l’Etat ne sont pas passées inaperçues. En attendant, il se dit que l’Inspection générale d’Etat (Ige) fouille depuis janvier ce qui serait sa gestion…

Abdoul Latif Coulibaly : Ancien journaliste, nouveau politicien
Ce journaliste de renom aura marqué son temps. ALC, membre fondateur du premier groupe de presse privé du Sénégal, fut un «opposant» qui donna du fil à retordre au pape du Sopi. Se déclarant membre à part entière de la société d’alerte, à son actif, il a publié quelques ouvrages retentissants qui ont contribué à fragiliser un régime reclus dans son arrogance.

Abdou Latif Coulibaly fut un long moment de ces mousquetaires utiles aux intérêts de leur pays, même si Me Wade ne voyait en lui qu’un simple politicien encagoulé qui attendait juste son heure pour plonger dans le marigot. La prophétie de Wade se réalisera très vite. ALC jeta le «masque», joua plusieurs cartes, flirta avec Moustapha Niasse et finit par prendre la carte du parti présidentiel.

Un engagement politique – et non partisan, selon lui – qui, dans une frange de l’opinion, lui a fait perdre indépendance et capacité critique, quoi qu’il défende à ce sujet. La politique a ses servitudes et ses contraintes. On le voit chaque jour !

Abdoul Aziz Diop : L’autre Mc disparu du M23
Ce spécialiste de la communication politique aura été l’un des principaux animateurs des grands rendez-vous du Mouvement des forces vives de la nation du 23 juin (M23). Abonné aux postures les plus virulentes contre le régime libéral et surtout contre Me Wade qu’il percevait comme un usurpateur par sa volonté de briguer un troisième mandat à la tête de l’Etat.

Acteur de la société civile – c’est ainsi qu’il se définissait – Abdoul Aziz Diop a cependant très vite montré une envie pressante de rejoindre les ors du pouvoir. Et c’est bien avant la présidentielle de 2012 qu’il avait accepté – sans bruit – une proposition de mener en amont un travail (politique) pour le candidat Macky Sall. Son mentor gagnant, il est nommé conseiller spécial du Président de la République.

Il met ainsi les pieds dans un autre monde et change radicalement de discours. Dans l’ivresse du pouvoir, il se permit même, en rapport avec les promesses du candidat Macky Sall, de soutenir qu’elles n’engagent que ceux qui y croient. Le motif : une campagne électorale doit aussi susciter le rêve chez l’électeur.

Mieux ou pire, lorsque le Fmi classa en 2015 le Sénégal parmi les 25 pays les plus pauvres au monde, il crut nécessaire de remonter le moral à des jeunes de l’Alliance pour la République en ces termes : «Le Fmi qui est l’auteur de ce classement n’a jamais, après les indépendances, été pris au sérieux par les intellectuels africains…»

Auparavant, il attachait pourtant une grande importance aux rapports publiés par le même Fmi. Il est vrai qu’on était alors sous le régime honni des Wade…

Penda Mbow reste chez la 1ère dame 
A la tête de (son) mouvement citoyen, Penda Mbow s’est montrée décidée à combattre toute forme d’injustice sociale. Non sans initier des centaines de jeunes à savoir prendre les bonnes initiatives dans la lutte pour les avancées démocratiques et la préservation des libertés individuelles.

Très remontée contre la gestion du Président Wade, elle avait par la suite lancé l’initiative ‘’Dafa Dooy’’ en décidant d’aller au front. Cela s’est justifié en sa qualité de membre des Assises nationales qu’elle a défendu urbi et orbi tout en prenant ses marques au sein du M23. Mais entre temps, elle a quitté le monde de la société civile pour les bureaux du pouvoir en devenant une proche de la première dame et de la Fondation ‘’Servir le Sénégal’’.

Dès 2013, elle avait décrété que le M23 dont elle fut une égérie avait fini sa mission. Depuis, elle est dans ses habits de représentante personnelle du Président de la République auprès de la Francophonie.
Source impact.sn

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