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La rencontre d’aujourd’hui entre la CENA et les plénipotentiaires des partis, ne doit nullement se focaliser sur les préoccupations liées aux modalités du vote, même si cette question est d’une importance capitale. La concertation doit englober toutes les questions résiduelles intéressant par ailleurs le vote. Nous faisons notamment référence à la possibilité d’un report, compte tenu de facteurs bloquants réels qui risquent d’entacher la crédibilité du vote par l’augmentation du taux d’abstention.

Même si nous savons qu’au niveau technique, les services de la Direction des élections seront prêts, habituées qu’ils sont à organiser de telles échéances, il n’en reste pas moins que trois facteurs militent en faveur du report.

Le premier est le retrait de la carte d’identité nationale qui va aussi servir de carte d’électeur. Aujourd’hui, les opérations se font au compte-gouttes. Nombre de Sénégalais n’ont pas encore leurs cartes et le processus de retrait va se poursuivre jusqu’à la veille du scrutin. C’est dire que compte tenu des inévitables anicroches, la crainte de certains électeurs de ne pas recevoir leurs cartes va se confirmer. Nous ne sommes pas sûrs que toutes les cartes seront produites avant la date fatidique ni que les électeurs auront le temps de les retirer.

Le risque est réel de voir certains être privés de leurs droits de choisir leurs représentants au sein de l’Assemblée nationale malgré les assurances des autorités portant sur le taux de retrait. Le Ministre de l’Intérieur a parlé de plus de trois millions de cartes retirées sur un total de 6 millions d’inscrits. On en est juste alors à la moitié. C’est pourquoi, il a prévenu que 1000 commissions de retrait seront ainsi installées pour faciliter des opérations qui vont se poursuivre jusqu’au 29 juillet prochain.

Qu’à cela ne tienne, malgré les bonnes dispositions ainsi énoncées, on est pas à l’abri de dysfonctionnements et un report pourrait permettre de poursuivre cette opération d’une façon paisible.

A cette donne s’ajoute celle liée au mode de scrutin qui va nécessairement être réaménagé compte tenu de la pléthore de listes. Les discussions d’aujourd’hui pourraient permettre d’y voir clair en adoptant une solution consensuelle si jamais la Cena réussit le pari de ménager la susceptibilité des uns et des autres.

A ce niveau aussi, les délais sont trop courts et il serait plus opportun d’avoir plus de temps de discussion autour d’une ou de questions qui vont aussi se poser à d’autres élections comme la Présidentielle de 2019 et les locales de cette même année. Tant qu’on aura plus de 270 partis politiques, il faudra s’attendre à des scénarii de ce genre où le nombre de candidatures va inquiéter électeurs et administration. C’est pourquoi les solutions doivent être consensuelles et définitives.

Mais, le facteur qui semble le plus militer en faveur du report, c’est l’installation de l’hivernage qui va être définitive à partir de la mi-juillet sur l’ensemble du territoire national.

On ne le dira jamais assez, les fortes pluies sont très dissuasives pour les nombreux Sénégalais qui vivent de la terre et dont cette période est une aubaine pour remplir les greniers.

Est-ce qu’ils vont tous suspendre leurs activités pour aller voter ? Ce sera loin d’être évident.

Il s’y ajoute le fait que s’il pleut le jour du scrutin, l’opération sera sérieusement compromise par des électeurs qui penseront alors se mettre à l’abri.

Compte tenu de tous ces éléments et bien d’autres comme l’inaccessibilité de certaines zones, le report doit être sérieusement envisagé comme une possibilité.

Bien sûr, il aura comme effet la prorogation du mandat des députés comme le Président Abdoulaye Wade y avait eu recours. D’où l’importance de la durée.

D’ici à la tabaski, dans un peu moins de deux mois, il sera difficile de tenir des élections car les Sénégalais qui seront bientôt à la Mecque ont aussi le droit de voter. Et on ne pourrait pas alors aménager le calendrier au point de les priver de ce droit.

C’est pourquoi, la seule période qui vaille est celle d’après-tabaski et d’après-hivernage.

A ce moment-là, les citoyens auront tranquillement retiré leurs cartes et pourront aller voter sans se soucier de devoir sacrifier une journée de travail.

Bien sûr, toute solution adoptée à ce propos, doit être la plus consensuelle possible. Certes l’œcuménisme est rare en politique, mais nous faisons face à une situation où nous courrons le risque d’avoir le taux d’abstention le plus élevé de notre histoire.

Déjà les citoyens sont peu pressés d’aller élire des députés qui, une fois à l’Assemblée, ne pensent qu’à eux-mêmes. S’ils doivent le faire sous la pluie avec 47 bulletins à prendre avant d’entrer dans l’isoloir, alors beaucoup préférerons prendre leurs tasses de thé et profiter de leur repos dominical.

Assane Samb