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Le Premier Ministre à l’Assemblée nationale Un Lion rugit, deux Tigres surgissent

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C’est avec une démarche altière et une allure impétueuse que le Premier Ministre a fait son entrée dans le hall du Parlement avec aplomb et sang- froid. Mais ce n’est pas seulement l’Homme d’Etat qui a répondu aux questions disparates des Députés, les unes pertinentes, les autres oisives.

C’est aussi un homme politique qui a répliqué. Pour illustrer sa commodité, Mouhammed Boune Abdallah Dionne s’est drapé des manteaux de Kocc Barma et de Lamartine, articulant une langue nationale et une langue officielle avec une intelligibilité eurythmique qui montre bien qu’il est aussi bien à l’aise que Moustapha Niasse et Senghor.

Il a apporté des réponses à la fois techniques et politiques en interpellant par moment les Ministres sur ce qui relèvent de leurs départements. Mais heureusement ! Ce serait une calamité si les orfèvres de gaffes que l’on connait étaient interpellés. Les questions étaient si politiques que les réponses techniques sont passées inaperçues.

Des répliques très politiques

Mouhammed Boune Abdallah Dionne a été très politique. L’homme, souriant et courtois, a eu parfois les nerfs tendus non pour répondre, mais pour assener. Sa voix d’homme d’Etat s’est confondue avec une voie politique face à une opposition qui ne lui a fait aucun cadeau. Sur la Justice qui a largement plané sur l’Hémicycle, il certifie que Macky Sall ne protège personne en reconnaissant malhabilement un cas judiciaire mis en apnée pour des raisons morales.

Cet aveu est une maladresse car il atteste de l’aura du Président de la République sur la Justice. Le contexte étant délicat car marqué par la polémique sur le cas du Maire de Dakar et par la veille des Législatives, l’adresse au Parlement a imposé à Dionne un envol politique. Les sujets techniques ont été vite expédiés en raison de l’atmosphère politique qui a prévalu à l’Assemblée nationale avec l’affaire Khalifa.

Sur ce cas, en insistant sur les principes de confidentialité et de présomption d’innocence, le Premier Ministre a fait resurgir, sans s’en rendre compte, la controversée conférence de presse du Procureur de la République. Et sur la menace de recul démocratique et sur la question de fonds politiques, il a été alors légitime que la Tigresse Aida Mbodji surgisse et que le Tigre Barthélémy tonne jusqu’à bouder.

Aida Mbodji et Barthélémy lacèrent le Macky

Si Mouhammed Boune Abdallah Dionne a été un Lion rouge qui a rugi, Aida Mbodji et Barthélémy Diaz ont été des Tigres qui ont vite surgi. Aida Mbodji a sorti des griffes pour lacérer le Macky. L’acharnement contre des opposants, les droits de l’opposition, le recours systématique à l’appareil judiciaire pour solder des comptes politiques et les rapports tendus entre le pouvoir et l’opposition, ont été les plaintes légitimes de celle qu’on appelle la Lionne du Baol. Son réquisitoire a été une véritable gifle assenée. La réplique de Mouhammed Boune Abdallah Dionne fut volcanique.

« La démocratie n’est pas un deal. La Loi est universelle, générale et impersonnelle », a-t-il rugi. Cette réaction politique a maladroitement incliné à la question de Fonds politiques dont le Premier Ministre, à la surprise générale, réfute l’existence au Sénégal. Les explications fournies passent difficilement. Naturellement, sa réponse volcanique a provoqué la réplique torrentielle de Barthélémy Diaz.

Soutenir l’inexistence de Fonds politiques est inimaginable, même pour le Président Macky Sall et les Présidents d’Institutions qui en disposent. En affrontant les attaques politiques de l’opposition, le Premier Ministre a débusqué sur la question de la présomption d’innocence et sur le sensible sujet de Fonds politiques qui n’ont jamais fait l’objet de débat dans ce pays. Ce fut plus au préjudice du Pouvoir qu’à ses bénéfices.

Macky un absent trop présent

Le Président Macky Sall n’a pas été à l’Assemblée nationale. Mais la personnification du Pouvoir a fait de lui le début, le centre et la fin de tous les propos du Premier Ministre, des Ministres et des Députés de la Majorité parlementaire. Ses actes ont tous été bénis par des dithyrambes et des éloges qui l’installent au trône de traceur de destin. Aucune surprise n’a donc été notée. La majorité des Députés qui louent aujourd’hui Macky Sall sont ceux qui, hier, vénéraient Wade. Le Premier Ministre est passé devant ces Députés et malheureusement, des questions fondamentales ont été omises à l’exception de celles de la santé, de la pêche et de l’énergie. L’amorphisme de certains ministres est conséquemment flagrant.

Mais le Premier Ministre a, au moins, réussi en virtuose et en maestro à défendre ardemment la politique de son équipe gouvernementale et la vision de Macky Sall. La seule difformité est l’évocation à outrance du nom du Président de la République dans une Institution où le bien commun, l’intérêt national et la primauté des citoyens devrait primer sur tout et tous. Seulement, il faut savoir rester par loyauté dans le Macky ou le quitter !

Le Piroguier

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