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“Le monde va mal”

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Béchir Ben Yahmed a fondé Jeune Afrique le 17 octobre 1960 à Tunis. Il est président-directeur général du groupe Jeune Afrique.

Nous sommes à la veille d’entrer dans une nouvelle année. Posons-nous donc la question traditionnelle : en quoi l’année 2017, qui pointe son nez à l’horizon, sera-t-elle différente de 2016, qui s’en va ?

En Afrique, dans l’ouest du continent, un petit pays, la Gambie, retient l’attention de tous, car on craint qu’il ne soit le théâtre d’une grande crise.

À sa tête se trouve depuis vingt-deux ans un président, Yahya Jammeh, fantasque, imbu de lui-même, imprévisible : un émule de Mouammar Kadhafi !

Mais, à la différence du Libyen, Yahya Jammeh se soumettait à des élections présidentielles… qu’il s’arrangeait pour remporter.

La dernière s’est tenue le 1er décembre ; tout le monde, lui le premier, s’attendait à ce qu’il soit déclaré « élu », comme d’habitude. À l’étonnement de tous, la Commission électorale a statué, chiffres à l’appui, qu’il avait été largement battu : l’opposition s’était rassemblée autour d’un candidat unique, Adama Barrow, qui a été déclaré président élu.

À la stupéfaction générale et à la consternation de son entourage, Yahya Jammeh a reconnu publiquement sa défaite, félicité le gagnant et déclaré qu’il lui céderait le pouvoir.

Puis il a disparu, avant de réapparaître quelques jours plus tard. Se saisissant du prétexte que les chiffres électoraux avaient été rectifiés par la Commission, il a déclaré que le président élu, c’était lui, Yahya Jammeh.

Personne n’a été dupe, sauf peut-être lui-même et son entourage, habitués depuis plus de vingt ans aux délices et au poison du pouvoir, terrifiés par la perspective de le perdre et celle, agitée prématurément par l’opposition, d’être traduits en justice.

La communauté internationale tout entière – l’ONU, l’Union européenne, la Cedeao et, pour une fois, l’Union africaine – le conjure depuis plusieurs jours de revenir à la raison. En vain jusqu’ici.

Et il y a tout lieu de craindre que, fort du soutien d’une partie de l’armée et des services de sécurité, il ne s’obstine dans son refus de passer la main.

Lui et ses adjoints s’en sont déjà pris à la Commission électorale. La crise ainsi ouverte fait craindre que le recours à la force n’apparaisse à la Cedeao comme nécessaire pour obtenir, au prix de pertes humaines, le départ d’un dictateur et de sa clique.

Le plus grave est que Jammeh n’est que la caricature poussée à l’extrême du refus de l’alternance. Plusieurs chefs d’État africains l’ont érigé en règle de vie et se maintiennent au pouvoir indéfiniment, n’hésitant pas à truquer les scrutins lorsqu’ils sont obligés de les tenir.

Quand apprendront-ils que, de même qu’il a un commencement, le pouvoir a une fin ?

Dans un mois, le 20 janvier 2017, Donald Trump s’installera à la Maison Blanche et sera, pour quatre ans, le président des États-Unis.

On sait déjà par ses déclarations, depuis qu’il a été élu le 8 novembre, mais aussi par le choix des hommes et des femmes qu’il rassemblera autour de lui pour gouverner, que la politique économique et les relations extérieures de la première puissance mondiale seront différentes de celles que nous avons connues depuis vingt ou trente ans.

Il pourra dire, à juste titre : « Le changement, c’est maintenant. »

Je suis de ceux qui pensent que tout ne sera pas négatif et que le cocotier de l’establishment américain avait besoin d’être secoué.

Il sera intéressant de voir comment réagiront les contrepoids de la démocratie américaine pour atténuer la casse que fera nécessairement Trump, cet éléphant dans un magasin de porcelaine.

S’entendra-t-il avec Vladimir Poutine autant qu’on le dit et comme beaucoup le craignent ? Jusqu’où ira-t-il dans ses provocations à l’égard de la Chine ? Quel traitement réservera-t-il à l’Europe ? Rejettera-t-il l’Iran dans « l’axe du mal » ? Verra-t-on se créer sous son égide un axe Israël-Arabie saoudite-Égypte ?

Voilà pour 2017. Mais comment se porte notre monde à la fin de 2016 ? On dit un peu partout qu’il ne va pas bien. De quels maux souffre-t-il ? Ou, plus exactement, comment les gens perçoivent-ils les maux que subissent leurs pays ?

Pour le savoir, l’agence Ipsos Mori réalise des sondages mensuels dans vingt-cinq pays, dont, malheureusement, un seul africain : l’Afrique du Sud.

Elle y interroge un échantillon total de 20 000 personnes et vient de publier les résultats pour le mois d’octobre 2016 : les sondés ne dénoncent pas forcément le mal dont leur pays est affecté mais expriment le malaise qu’ils ressentent.

L’agence estime que les vingt-cinq pays qu’elle a sélectionnés sont un concentré du monde dans sa diversité et que l’échantillon de personnes interrogées est représentatif de chaque pays.

À la question « pensez-vous que votre pays va dans la bonne direction ? », 61 % des personnes interrogées à l’échelle mondiale répondent par la négative et 39 % seulement estiment que leur pays est sur la bonne voie.

Si l’on passe du général au particulier et qu’on analyse les réponses pays par pays, on obtient le résultat présenté dans le graphique ci-contre.

Comme vous pouvez le constater, les trois pays où la population est la plus optimiste se trouvent en Asie : la Chine, l’Arabie saoudite et l’Inde.

Le pessimisme est à son comble en Afrique du Sud (82 %), au Brésil (84 %), en France et au Mexique (89 %).

Par Béchir Ben Yahmed

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