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La tragédie d’un favorisé du hasard

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Au commencement, ce n’était ni le vieux Wade, ni le « jeune » Macky. C’était le peuple sénégalais. Le cœur meurtri, la mort dans l’âme et la conscience troublée, ce peuple a voulu la fin d’un régime bâtisseur, mais démesurément prédateur. Macky faisait bien partie de ce régime. Mais, il ne levait point la voix contre une probable attribution paternelle du pouvoir d’un père à son fils. Le Sénégal n’a point voulu être un Togo ou un Gabon. Il a voulu rester lui-même en étant pour les démocraties civilisées un magnifique spectacle.

Macky était avec Wade, le monarque raté, et gardait le silence devant les dérives monarchissantes du vieil homme. Il fut DG de Société, Ministre, Ministre d’Etat et Premier ministre et en jouissait. Mais il attendit la Présidence de l’Assemblée nationale, après avoir bien bénéficié du Pouvoir de l’Avoir et de l’Avoir du Pouvoir, pour se redresser et de se dresser contre le Monarque et son fils. Une Alliance Pour la République naquit. Il devint alors Président de la République, favorisé par le hasard d’un destin et d’une histoire qui ne le condamnait point à diriger le Sénégal. Pour les Sénégalais, il fallait que le vieil homme parte et Macky savait que le contexte lui était défavorable.

Mais rien n’indiquait en lui le destinataire légitime d’un pouvoir providentiel, surtout quand il se montrait l’Opposition au bénéfice du PDS qu’il traque aujourd’hui et quand il votait en enfreignant les règles malgré son statut de Ministre de l’Intérieur. Il est ainsi devenu Président de la République, non par l’historicité d’une épopée politique, ni par l’incarnation d’un charisme, mais par la faveur et la ferveur du contexte. Elu, il est donc resté le même et fait pire que la Wadie d’où il vient.

A.P.R : Assemblage de Pagaille et de Reniements

Le discours que tint Macky juste après sa démission du Perchoir de l’Assemblée nationale, fut un délice pour les démocrates et les républicains. Mais, le revirement est spectaculaire. La famille investit le régime et envahit le parti et les Services d’Etat. Le règlement de comptes devint ostentatoire. Les pillards cités par la CREI détalèrent vers Macky.

Les rejetés du PDS déguerpirent les rejoignirent et il les adouba aux dépens de ceux qui furent dans l’arène avec lui.  La pagaille devient le signe identitaire de son APR, grenier d’apostats du jeu politique. Des voleurs de finances publiques épinglés par des Organes de contrôle sont impunis. L’image des Institutions est affreuse. On s’injurie à l’Assemblée nationale. On s’étripe au cœur de la Présidence. Et des aventuriers sont nommés dans le gouvernement ou à la tête de Conseil d’Administration.

Macky, un homme du système Wade

La physionomie de l’APR, la pratique politique en cours et la gouvernance menée, rendent compte que Macky Sall vit la tragédie d’un favorisé du hasard. Rien de son discours et de ses actes ne sont nouveaux et novateurs pour une seule et unique raison : il est un produit du système Wade. Des années 80 à 2009, l’ancien Président de la Cellule Initiatives et Stratégie et ancien Secrétaire général de la Convention régionale PDS de Fatick et ancien Vice-président du Comité Directeur du PDS, est nourri à la mamelle libérale de Wade grâce à qui il changea drastiquement son train de vie, passant de « millaire » à milliardaire !

On ne peut être le produit d’un système et cheminer avec l’homme de ce système pendant des décennies et vouloir apporter du nouveau qui fasse oublier cet homme. Macky aime le PDS et l’a publiquement affirmé. Le vote du 25 mars 2012 n’est donc que le vote contre le PDS et pour le PDS. Les électeurs ont changé Wade dans la continuité de son système avec Macky. Mais l’Elu n’a pas le halo, ni l’aura encore moins le charisme du bâtisseur-prédateur Abdoulaye Wade.

Il lui est impossible d’être sur le césar et le czar des Grands Hommes de l’Histoire. Tout en lui est splendide et horrible. S’il est applaudi ici pour des mesures sociales révolutionnaires, il est décrié ailleurs pour l’impunité, l’arrogance, la nébulosité et les scandales des Mackysards. Mais c’est toujours le monopole de la violence légitime qui sert de réplique d’Etat.

Seulement les Sénégalais ont largement et amplement mûri. Macky est terriblement décrié à cause de la pagaille des ruminants de son parti, de l’instrumentalisation flagrante de l’Appareil de Justice et de la boulimie Faye-Sall. C’est un fait et on ne peut rien contre les faits. Les Mackysards défendent Macky, mais avec impertinence et arrogance. Macky lui-même se défendn mais avec légéreté ou intimidation. C’est la tragédie d’un favorisé du hasard dont le mandat ne se terminera pas en apothéose !

Le piroguier

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