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La République en précampagne pour… deux ans

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« Silence, on cherche des électeurs », cela risque désormais d’être un nouveau mot d’ordre des hommes politiques de tous bords.

Le Président Sall vient de boucler ses cinq ans à la tête du Sénégal. Malheureusement pour les Sénégalais et pour lui, le compteur du bilan risque de s’arrêter de marquer des points car je doute fort que le temps qui reste puisse être consacré à autre chose qu’à politiquer en cherchant vaille que vaille des électeurs. Et pour cela, tous les moyens sont bons.

Ceux du pouvoir vont travailler à mettre en exergue les aspects positifs du bilan tandis que du côté de l’opposition, ce sera l’exercice contraire ; les aspects négatifs, les manquements seront répertoriés avec minutie et exposés.

Bien sûr, il en a toujours été ainsi en période de campagne ou même de précampagne, mais la situation présente a une particularité qui a attiré notre attention. Deux ans, c’est trop long. Pourtant, c’est la période qui nous sépare de la prochaine présidentielle, le seul calendrier électoral qui compte vraiment. Non pas parce que les législatives ne sont pas importantes. Elles le sont d’autant plus qu’elles pourront consacrer une cohabitation. Mais tout l’agenda politique sera réglé sur l’année 2019, y compris les législatives de 2017. La bataille des législatives se fera avec, en arrière-plan, l’idée de travailler à assoir les bases de la victoire à la présidentielle.

C’est pourquoi, que personne ne s’y trompe, nous sommes entrés, du fait du calendrier électoral, dans une phase de précampagne électorale de deux ans qui sera interrompue par une courte campagne en 2017 pour reprendre de plus bel.

C’est pourquoi je doute fort que l’Etat, ses démembrements, aient le temps à imaginer des stratégies de matérialisation de plans ou de sortie de crise. La République va s’arrêter et elle est en train de ralentir, tout doucement. Sa marche ne va pas de pair avec la préparation des batailles politiques.

D’ailleurs, les jeunes qui sont les franges les plus réalistes des partis politiques, parce que s’entourant de moyens de formalités dans leur démarche, posent de plus en plus des actes de violence aussi bien au niveau de l’Alliance pour la République (APR) que dans certains partis alliés comme le Ps et même de l’opposition.

Les nerfs sont tendus car les batailles de positionnement ne laissent plus de doute quant à l’urgence d’affiner les dernières armes pour gagner les batailles.

Et ce qui est dramatique dans tout cela, c’est que les leaders comme Macky Sall ne sont plus en mesure alors de faire régner la discipline dans une instance comme le Cojer, au risque de frustrer et de grossir involontairement les rangs des adversaires.

Il en est de même des stratégies de liquidation politique des adversaires avec les affaires Khalifa Sall, Bamba Fall, Abdoul Mbaye, etc. Tout est désormais centré sur la capacité à convaincre, subjuguer, blâmer l’autre, le diaboliser, le discréditer, salir les bilans, contrôler, etc. Dans cette situation, le travail a peu de place. Macky devra se contenter de ce qui a déjà été fait. Il n’a plus le temps.

Et tant que les mandats des présidents et ceux des députés ne finissent pas en même temps, il y aura non seulement le risque d’une cohabitation préjudiciable à la stabilité de nos institutions, mais aussi une longue période de précampagne qui va finir par agacer des citoyens qui attendent autre chose que ce à quoi nous assistons.

Il faudrait alors travailler à ajuster les calendriers électoraux et éviter que l’on soit obligé d’être tout le temps en campagne ou en précampagne. Certes, nous avons besoin de l’expression du suffrage universel pour légitimer la prise de pouvoir comme dans toute démocratie, mais devoir supporter des élections chaque deux années pose un sérieux problème. La Présidentielle en 2012, les locales en 2014, le référendum et le HCCT en 2016, les législatives en 2017 et la Présidentielle en 2019, ne nous laissent pas du temps à penser à autre chose que gagner des électeurs.

Or, nous avons la propension à verser dans l’excès dans tous les domaines. Notre démocratie souffre de la chose électorale alors qu’elle devrait la renforcer. Conséquence, nous ne faisons que politiquer, au lieu de travailler.

Assane Samb

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