Démocratie sénégalaise : un jeu politique sans parti sérieux


Démocratie sénégalaise

Le jeu politique sénégalais est perverti par le règne de l’égoïsme, du narcissisme et de la personnification de l’action. Il est vicieux à cause de l’absence de partis politiques cohérents, structurés et constants, pétris de valeurs, nantis de visions programmatiques et nourris d’ambitions pour le bien-être collectif. Aucun parti sérieux n’est présent dans l’arène politique sénégalaise.

Ne l’ont investie que des politiciens imbus de leurs personnes qui se mènent un combat atroce dans le sillage de leurs intérêts exclusifs et jamais dans celui du bien commun. Aucun parti politique ne tient d’ailleurs de rencontres statutaires sur les orientations programmatiques en vue d’une alternative sérieuse. Les chefs de ces prétendus partis, les responsables politiques et les militants, du pouvoir comme de l’opposition, n’ont que la diabolisation de l’adversaire comme programme et des invectives comme arguments.

Auparavant, les élites des partis politiques avaient, une forte légitimité et incarnaient un mythe en raison de leur constance qui imposait le respect. Aujourd’hui, le Sénégal n’a plus d’élites politiques mais des politiciens rancuniers, conspirateurs, prédateurs et inassouvis qui ne veulent que le pouvoir et son avoir. Et ceux qui sont au pouvoir sont pires que des pirates chasseurs de trésor.

Les partis politiques sénégalais ne sont des Mbotay de voraces hâbleurs pour qui personne ne doit être au pouvoir si ce ne sont eux. Ils ne représentent qu’eux-mêmes. Ils constituent une oligarchie qui ne produit et se reproduit que dans l’entre-soi. Cette oligarchie est une synarchie de boulimiques, inconstants et faux, éloignés de l’internet national, moulinant dans un total vide programmatique, trichant pour se laisser aller à la facilité et parodiant des combats au nom du peuple avec une tartufferie qui les démasque et les disqualifie.

APR, un simple mouvement

Hélas ! L’APR qui est au pouvoir n’est pas un parti. Il ne l’a jamais été et sa géologie de sauce gombo renseigne qu’elle ne le sera jamais. Contrairement aux apparences, elle ne va pas perdurer. C’est un souffle contestataire qui l’a porté au pouvoir. Elle n’a pas eu le temps de se construire un programme politique cohérent et concluant, encore moins de se structurer pour disposer d’un solide électorat.

Elle est née brutalement, sans vision programmatique et sans orientation idéologique, à la suite d’un mouvement d’humeur dans un climat de refus grégaire d’une injustice rendue insoutenable par d’abominables effluves d’un agenda de dévolution monarchique du pouvoir. L’APR est un simple mouvement et non un parti politique. C’est la raison pour laquelle son avenir est hypothétique car elle ne dispose pas d’électorat traditionnel.  On n’y trouve rien et on y voit du tout. Les responsables s’y chamaillent.

Ils ne professent pas la même vision, n’ayant pas les mêmes objectifs. C’est une alliance en mésalliances qui ne tient que par la force du pouvoir. En moins de cinq ans, elle a à son actif des forfaitures et des scandales impunis qui rendent compte de sa nature de hangar de plus de prédateurs que de responsables conscients de la délicatesse de gestion des finances publiques. Elle claudique et use abusivement de la Justice et de l’appareil d’Etat pour vivre et survivre, hypothéquant son image et mettant en péril la démocratie sénégalaise.

Une opposition sans position

Ce ne sont pas ces pseudos partis de l’opposition qui répondront à la question de l’avenir national et du devenir des citoyens. Ils ont face d’eux un Macky Sall que la force du destin a imposé à la tête de la République, dribblant les scénarios des Socialistes qui songeaient à une reprise du Pouvoir, le scénario de Idrissa Seck qui se drapait du manteau de quatrième Président de la République et l’agenda des astrologues qui se sont égarés dans leur divination.

Certes, l’opinion publique converge sur les limites gigantesques de Macky Sall, ses failles incommensurables et son application d’une rupture de pire continuité. Mais aucun chef de prétendu parti n’incarne encore un challenge pour le défaire. Chacun attaque sa personne et personne ne tient encore un langage politique de propositions et de contre-propositions car l’écrasante majorité est composée de has been et de frustrés.

Les partis qui composent l’opposition sénégalaise n’ont aucune position si ce n’est la quête d’un boulevard pour accéder à l’avenue Roume et la Place Soweto. Aucun parti de l’opposition ne s’accommode des règles de fonctionnement et tous sont, en majorité, des propriétés de leurs fondateurs qui soldent des comptes.

Ainsi autant le Sénégal est majoritairement dépité par Macky Sall, autant il ne trouve pas un challenger à le substituer. Le combat politique n’est pas dans ce pays une confrontation de vision. Et parce que le Sénégal n’a aucun parti de programmes, la lutte menée n’est qu’une affaire de personne. Et l’adversaire commun, Macky Sall, a plus les appareils d’Etat et de Justice comme armes qu’un bilan à saluer à l’applaudimètre.

Le piroguier

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