Demba Ramata Ndiaye raconte sa vie de chômeur


Demba Ramata Ndiaye
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Sept mois après son limogeage de la tête de Casa Sport, son club de cœur, Demba Ramata Ndiaye raconte  sa nouvelle vie de technicien chômeur. Le club phare de Ziguinchor ? Sujet tabou, il n’en parle pas. Pour des raisons qu’il préfère taire.

Depuis 7 mois et votre limogeage du banc de Casa Sport, vous n’exercez pas votre métier d’entraîneur. Comment vit un chômeur ?

Très bien, tranquille. Je fume tranquillement ma pipe comme un vieux qui savoure sa vie de retraité. Au revoir les pressions de préparations (des matches, Ndlr), de sélections de joueurs (rire). Je suis loin de toute pression. Le président de Casa Sport, qui avait dit qu’il allait me confier la direction technique, ne l’a pas fait. C’est lui qui a bloqué tous les autres.

Vous êtes déçu ?

Chaque chose à son temps. Chaque temps à sa chose. Je suis bien là où je suis. Le repos du guerrier, je viens de me rendre compte qu’il est important. C’est pourquoi le législateur a bien fait que quand les gens travaillent jusqu’au weekend, ils se reposent pour revenir en forme, c’est super. Je viens de découvrir ce que c’est le repos (éclat de rire).

Comment occupez-vous vos journées ?

Je dors bien. Je fais une très bonne sieste. Mes activités n’ont pas changé. Je m’entraine une fois tous les deux jours. Les lundis, mercredis et les vendredis matins, avant la prière de l’aube. Les samedis et dimanches, c’est le repos total. C’est pour le maintien de la forme que j’ai initié ce planning d’entrainement.

Vous faites presque comme les footballeurs. Avez-vous d’autres activités ?

Vous savez, j’aime la lecture. Je lis beaucoup. Tout ce qui me tombe sous les yeux, je lis. J’aime aussi la musique, j’écoute tout. Je suis Range Rover, je prends tout. Mais mes préférences sont les musiques qui ont une sonorité d’origine de chez nous, la Casamance. Il y a des musiques que j’écoute, mais je consomme le Bugueureub, le Diambot, les Cabo love, le Bombolong,… Je suis beaucoup les documentaires à la télé. Je pars aussi souvent voir les garçons jouer au terrain du quartier.

Vous n’avez plus de lien avec Casa Sport. Vos successeurs sur le banc vous consultent-ils ?

Non, non, non. Tu sais en Afrique, quand on ne t’invite pas à une cérémonie, n’y va pas.

Êtes-vous prêt à entraîner un autre club ?

Bien sûr, est entraineur celui qui entraine. C’est ce que les Allemands disent. Et moi, c’est le foot sénégalais qui a besoin de moi. Ce n’est pas le Casa seulement. Ce que je fais, c’est pour le football sénégalais.

Votre avis sur le parcours des Lions à la Can-2017 ?

Vous savez, au Sénégal nous sommes trop pressés et vous, les journalistes, vous faites trop de pression. On évalue les équipes sur la base les performances, en principe, des quatre dernières saisons. Quand on fait les tirages, que ce soit au Mondial ou à la Can, on évalue les nations dans les quatre dernières années. Regardez les quatre dernières Coupes d’Afrique où est-ce qu’ont était ? On n’a même pas franchi le premier tour. Vous voulez que nous partions et gagnions la Can ? C’est là où j’indexe la presse qui n’a pas pris le soin de préparer l’opinion. C’est la presse qui a dramatisé l’élimination du Sénégal. Tout se fait par étape. Quand tu vas dans un immeuble on ne peut pas aller au cinquième étage sans passer par tous les étages précédents. On ne peut pas brûler les étapes.

Concrètement, comment avez-vous trouvé l’équipe du Sénégal ?

Les gosses ont fait un bon championnat, c’est super et c’est à saluer. Maintenant la prochaine campagne, il faut que nous dépassions là où nous nous sommes arrêtés. Si on ne dépasse pas ce stade, on peut crier haut et fort.

Quels conseils donneriez-vous à Aliou Cissé pour réussir sa mission ?

Vous savez Aliou n’est pas fermé. Il communique avec beaucoup de gens et il échange beaucoup avec beaucoup de monde. On échange beaucoup, on se parle beaucoup, je critique, on échange. Il échange avec tout le monde. Ce qu’il doit améliorer, il l’a déjà décelé et dit. Quand il dit que si on a été éliminé, c’est parce qu’à un moment donné on a manqué un peu de solidarité devant, il faudrait que ceux qui sont devant, les attaquants, sachent que celui qui n’est pas mieux placé doit donner la balle à l’autre. C’est tout. Ils doivent être collectifs. Il fallait les comprendre, ils étaient devant l’opinion mondiale. Ils voulaient s’exprimer. Ils voulaient se vendre. Ils voulaient montrer qu’ils avaient de la richesse. Je les comprends. Ils voulaient montrer à la face du monde qu’ils sont jeunes et ils existent. Ils voulaient faire quelque chose d’extraordinaire. Je pense qu’ils ne vont pas le refaire. C’est des erreurs de jeunesse.

 

seneweb

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